Le téléphone portable en randonnée
6 questions à se poser avant d’emporter son téléphone portable en randonnée
Le téléphone portable fait partie de la vie quotidienne de la plupart d’entre nous. A tel point, qu’on peut même parfois se demander comment on faisait sans auparavant !
En randonnée, on se débrouillait très bien sans. On pourrait d’ailleurs toujours s’en passer, mais ce serait dommage car le téléphone portable peut apporter une sécurité supplémentaire.
L’avantage de partir avec un téléphone portable est notamment que dans certaines situations, on peut contacter les secours beaucoup plus rapidement – qui peuvent donc nous porter secours plus rapidement. Alors que sans téléphone, ça pourrait autrement mettre énormément de temps (des heures voire des jours suivant les situations).
Évidemment, ce n’est pas si simple que ça, on ne peut d’ailleurs pas compter uniquement sur son téléphone portable pour sa sécurité en randonnée. A travers 6 questions à se poser avant d’emporter son téléphone portable en randonnée, nous allons voir quelques points méconnus et quelques conseils sur l’utilisation du portable en situation d’urgence.

Ça paraît évident, mais pour appeler les secours, il faut connaître leur numéro ! Quand on randonne dans son pays d’origine, en général ça ne pose pas de problème car on connaît le ou les numéros d’urgence, mais quand on randonne ailleurs, on n’y pense pas forcément.
Donc, si vous voyagez et si vous randonnez dans des pays étrangers à votre pays de résidence, pensez à trouver le ou les numéros des secours avant de partir randonner. Je vous conseille même de le noter dans un endroit sûr – pourquoi pas dans votre trousse de secours ou sur votre smartphone – car c’est généralement dans les moments critiques que l’on a tendance à oublier les numéros.
1 – Quel est le numéro des secours ?
Le 112
Je vous rappelle que le 112 est le numéro d’urgence valide dans l’Union européenne (114 par SMS en France pour les personnes ayant des difficultés à entendre ou parler). Ce numéro fonctionne à partir d’un téléphone mobile, il est gratuit, prioritaire et fonctionne même dans d’autres pays du monde. A savoir qu’il faut une carte SIM activée (en France et dans quelques autres pays européens) pour que cela fonctionne.
Le 112 ne remplace pas les numéros nationaux (sauf dans certains pays). Par exemple, en France, il est toujours possible d’utiliser le 15 (Samu) ou 18 (Pompiers). Mais quand le réseau est saturé, le 112 est prioritaire et vous serez ensuite redirigé(e).

2 – Et si je n’ai pas de réseau ?

Alors oui, c’est génial de pouvoir contacter rapidement les secours. Mais, il se peut que votre téléphone portable ne capte pas de réseau.
Les numéros d’urgence utilisent tous les réseaux
Dans ce cas, n’éteignez pas votre téléphone en vous disant « c’est fichu ». Il faut savoir que même si vous n’avez pas de réseau, vous pouvez parfois contacter les secours. D’ailleurs certains téléphones indiquent « urgences uniquement ».
Dans ce cas, cela veut dire que votre téléphone capte un autre réseau que celui de votre fournisseur et peut utiliser ce réseau pour des appels d’urgence uniquement (ex : vous êtes chez Free et n’avez aucun réseau, mais pouvez passer par le réseau SFR pour un appel d’urgence).
Par contre, dans certains cas, vous ne capterez aucun réseau du tout et vous ne pourrez pas joindre les secours avec votre téléphone portable. Bien évidemment, c’est plus ou moins probable suivant les pays, les régions et les endroits dans lesquels vous vous trouvez.
Le 114
Dans ce cas, si vous êtes en France, cela vaut le coup d’essayer d’envoyer un SMS au 114, car il n’y a peut-être pas suffisamment de réseau pour passer un appel, mais suffisamment pour envoyer un SMS.
Note : j’ai récemment eu deux infos un peu contradictoires par rapport au 114. Un gendarme de haute montagne de Haute-Savoie m’a indiqué qu’ils ne conseillaient plus tellement ce numéro en dehors de l’utilisation initiale (personnes ayant des difficultés à entendre ou parler), car ce ne serait pas dimensionné pour traiter efficacement un grand volume d’échanges. A l’inverse, un pompier du SDIS du Vaucluse m’a indiqué qu’ils le conseillaient (et le testaient) toujours en formation et qu’ils n’avaient jamais entendu parler de soucis de ce genre.
Ce que j’en conclue personnellement : ne pas utiliser le 114 à la place du 112 si on est en mesure de passer un appel via le 112, mais l’utiliser en cas d’urgence si on a que ça.
Bornage téléphonique
Si vous n’avez de réseau pour appeler les secours, essayez tout de même de les appeler car il est possible que votre appel soit quand même localisé (même s’il n’aboutit pas). En effet, les échanges d’informations de ce genre demandent beaucoup moins d’énergie qu’un appel ou un SMS. Je vous conseille également de laisser votre téléphone allumé si vous êtes en situation d’urgence (si vous avez suffisamment de batterie), car il est possible que l’on vous retrouve plus rapidement si des informations sont transmises de votre téléphone à des antennes.
Nous verrons un peu plus loin qu’il faut toujours avoir une ou plusieurs autres solutions de secours et que faire si jamais vous êtes dans une situation d’urgence et que vous ne pouvez pas joindre les secours.
Anticiper avec l’outil « Mon réseau mobile » de l’ARCEP
Anticiper au moment de la préparation en ayant une carte des zones avec et sans réseau mobile permet vraiment d’avoir un coup d’avance en cas de problème sur le terrain.
(Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) qui permet d’avoir une idée des zones dans lesquelles vous risquez ne pas avoir de réseau mobile et donc ne pas pouvoir joindre les secours.
⚠️ Attention, comme l’indique l’ARCEP : « ces cartes restent le résultat d’une simulation et sont par nature imparfaites. » Mais elles sont quand même très pratiques pour la préparation et l’anticipation en cas d’accident. Je les imprime par exemple systématiquement quand j’encadre des randonnées dans des zones non couvertes à 100% par les réseaux mobiles.
En cas de besoin de contacter les secours dans une zone sans réseau mobile, on pourra établir une stratégie en sachant où on aura de la chance d’avoir du réseau – plutôt que d’y aller « au petit bonheur la chance » – et limiter le temps pour recevoir une assistance. Ça permettra également de savoir qui va passer l’alerte, combien de temps cela risque de prendre, quoi faire en attendant… ce qui sont des informations précieuses pour gérer efficacement un secours, d’autant plus en cas d’accident grave, d’isolement, de conditions météo difficiles, etc.
Certaines applications GPS, comme par exemple WeTrek (ex IGNRando), permettent d’afficher ces données sous forme de couche/calque par dessus la cartographie.
Note : Il existe des solutions de communication quand le portable ne capte pas comme les téléphones satellites (solution assez onéreuse), les appareils permettant l’envoi et la réception de SMS via réseau satellitaire et les réseaux radio (ex : grand réseau des Alpes réservé aux professionnels).
3 – Et si je n’ai pas le code PIN ou de déverrouillage ?
Imaginons que vous randonnez à deux, que votre téléphone n’a plus de batterie et que votre coéquipier chute et perde conscience. Une chance, le téléphone de votre coéquipier qui était dans sa poche est intact. Vous prenez le téléphone pour contacter les secours (après avoir fait les gestes de premiers secours), mais vous ne connaissez pas le code de déverrouillage de son téléphone ! Problème…
Et bien non ! Il faut savoir qu’il est normalement possible de contacter les urgences sans code PIN ou code/schéma de déverrouillage, il suffit de composer le numéro des urgences puis d’appuyer sur la touche appel ou de sélectionner « urgences » ou « appels d’urgence » puis de composer le numéro. Ça vaut le coup de le savoir, car ça ne saute pas forcément aux yeux (ex : photo ci-contre).
Normalement , c’est valable en France pour les numéros à 2 chiffres (15, 17, 18, etc.) et 3 chiffres (112, 114, etc.).

4 – Est-ce que j’aurai suffisamment de batterie ?
« Mince, je n’ai plus de batterie ! »
Quand vous êtes en ville et que vous voulez contacter un ami, c’est embêtant, mais votre vie n’en dépend généralement pas. Par contre, si votre coéquipier(e) ou vous-même êtes blessé(e) ou dans une situation critique, ce n’est pas le moment d’avoir une batterie à plat.
C’est pourquoi, il faut partir avec un appareil entièrement chargé et bien gérer sa batterie. Il faut d’ailleurs savoir que :
• Avec des températures chaudes ou froides, les batteries peuvent se décharger plus vite.
• S’il n’y a pas de réseau disponible tout le temps et que votre téléphone reste allumé, il peut se décharger vite en essayant de trouver un réseau.
• Le GPS d’un smartphone est très « gourmand » en batterie.
• Les diverses applications d’un smartphone consomment de l’énergie, c’est une bonne pratique de fermer celles dont vous n’avez pas besoin.
Un bon moyen d’économiser de la batterie est de mettre son smartphone en mode avion, de n’utiliser la localisation GPS que quand nécessaire et de le garder proche de son corps quand il fait froid (ex : poche pectorale d’une doudoune ou polaire).
Cependant, cela peut être une bonne idée d’enlever le mode avion de temps en temps, car quelques informations peuvent être échangées (même sans réseau apparent) avec des antennes, et cela pourrait aider les secours à vous localiser plus rapidement en cas de problème.
Pour s’assurer que l’on a suffisamment de batterie, il est possible d’avoir un apport d’énergie extérieur comme une batterie externe ou un chargeur solaire pour les randonnées de plusieurs jours – mais c’est toujours ça de plus à porter.

5 – Que faire si je suis dans une situation d’urgence et que je ne peux pas joindre les secours directement ?
C’est quelque chose qui peut non seulement arriver quand il n’y a pas de réseau disponible, mais aussi si le réseau est saturé (bien plus rare), si vous cassez votre téléphone, etc.
Note : Avec les smartphones, beaucoup de personnes sont amenées à manipuler régulièrement leur téléphone pour prendre des photos ou se servir d’une application GPS par exemple – alors que les téléphones portables « non smart » restaient généralement dans le sac. Et toute manipulation entraîne un risque de chute…
Nous avons vu que ça vaut le coup d’essayer de contacter quand même les secours (si votre téléphone fonctionne toujours) et de laisser allumé votre téléphone – sauf si vous souhaitez garder de la batterie pour les contacter plus tard d’un endroit différent.
Alors que faire si vous êtes dans une telle situation ? Paniquer et tourner sur vous-même ? Bof.
Il y a plusieurs options en fonction des situations, j’ai d’ailleurs abordé ce cas dans la section « Comment donner l’alerte quand on est sans réseau téléphonique ? » de cet article.
Voici quelques options envisageables :
• Si vous avez un téléphone fonctionnel et que vous savez que vous avez des chances de capter un réseau : essayer de capter un réseau en vous déplaçant vers une zone susceptible d’avoir du réseau (ex : une zone repérée sur carte de couverture théorique de l’ARCEP, un point haut…). Le problème est que dans certains cas ce n’est pas possible : si on est bloqué(e), si on est seul(e) et blessé(e), si on est deux et que l’autre personne nécessite une assistance, etc.
• Essayer de contacter les secours en allant à la rencontre d’autres personnes qui pourront vous aider (bergers, gardiens de refuge, habitants, etc.). Ce n’est pas toujours possible et ça peut être long. Et si on est perdu(e) ou bloqué(e), ce n’est pas vraiment une option.
• Attendre. Mais pour avoir des chances d’être retrouvé(e), il faut que des personnes aient été prévenues de notre départ et de notre itinéraire. De plus, l’attente peut être très longue. A ce sujet, je vous conseille d’ailleurs de lire cet article : Une habitude qui peut vous sauver la vie en randonnée
• Se déplacer jusqu’à un endroit où la ou les personnes pourront être secourues. Ça évite de laisser la ou les personnes seules pour aller chercher des secours, dans le cas d’un petit groupe. Bien évidemment, c’est uniquement envisageable si l’état des personnes leur permet de se déplacer (ou d’être déplacées) en toute sécurité.

6 – Comment me localiser sans réseau mobile ?
La plupart d’entre nous possèdent maintenant un smartphone – qui a la possibilité de nous localiser. Il faut savoir que cette localisation ne nécessite pas de réseau mobile, vous pouvez donc connaître votre position (sous forme de coordonnées ou d’un point sur une carte), même sans réseau mobile. Il est cependant nécessaire d’installer au préalable une application adaptée et de télécharger des portions de cartes pour pouvoir les utiliser hors-ligne.
C’est pourquoi, si vous possédez un smartphone et même si vous utilisez principalement une carte (et une boussole) pour vous orienter, c’est selon moi dommage de ne pas avoir une application GPS (même très simple) installée sur votre smartphone qui permet a minima de vous positionner sur une carte numérique et d’obtenir vos coordonnées (pratique pour donner votre position exacte aux secours).
A noter que certaines applications GPS sont gratuites – avec généralement des cartes libres (de type OpenStreetMap et dérivés) et fonctionnalités limitées – mais tout à fait utilisables. Les versions payantes (de l’ordre de 20 à 50 euros par an) permettent généralement d’accéder à plus de fonctionnalités et des cartes « premium » (ex : cartes IGN). Voici quelques exemples d’applications GPS utilisables en randonnée si vous ne savez pas où chercher : WeTrek, Visorando, Openrunner, VisuGPX, Iphigénie, SityTrail, AllTrails, Komoot, Outdooractive, LocusMap…
Si vous êtes débutant(e), je ne vous conseille pas pour autant de télécharger une application GPS et de partir à l’aventure juste avec ça… Ça reste un outil numérique, il faut apprendre à s’en servir et connaître ses limites et il faut surtout être capable de se débrouiller s’il y a un souci avec. Savoir lire une carte reste d’ailleurs indispensable pour être maître de ses choix et faire face aux imprévus. Car suivre « bêtement » une flèche sur un écran fonctionne uniquement tant que tout va bien ! Et en randonnée, on est amené(e) un jour ou l’autre à avoir un imprévu : sentier fermé, chien errant, météo qui se dégrade, fatigue…
Avoir un téléphone mobile mais ne pas compter uniquement dessus
J’ai déjà entendu des personnes partir très légèrement en montagne en me disant : « c’est bon, j’ai mon portable ». Je vous avoue que ma réaction a été assez vive.
Le téléphone portable est indéniablement un atout pour notre sécurité en randonnée, mais on ne peut pas compter uniquement dessus. Dans certains cas, nous ne pourrons pas joindre les secours. Dans d’autres, les secours ne pourront pas nous venir en aide (en tout cas, pas rapidement).
Il faut aussi penser que les secours peuvent mettre du temps à arriver et il faut donc être capable de se débrouiller seul(e) pour gérer les premiers secours. Cela nécessite entre autres une trousse de secours adéquate et surtout des connaissances suffisantes.
En plus de ça, il faut savoir qu’une bonne préparation limite les risques de se retrouver dans une situation critique : matériel et vêtements adaptés, itinéraire bien préparé, bonnes connaissances du milieu, maîtrise de l’orientation, etc. Une fois sur le terrain, anticiper, faire des choix éclairés (par rapport à la météo, au terrain, au niveau de fatigue…) et savoir faire demi-tour sont également primordiaux.
Bien évidemment, quand on est seul(e), c’est plus compliqué une fois sur le terrain. Mais normalement, quand on part seul(e), on est conscient(e) des risques supplémentaires que l’on prend et on peut mettre des systèmes en place pour mitiger ces risques. Mais si jamais on tombe et on s’assomme, bien évidemment on ne va pas pouvoir se porter assistance à soi-même. Mais si on a par exemple prévenu des proches de notre randonnée, on sera sûrement retrouvé(e) plus facilement.
Je ne vous dis pas tout ça pour vous faire peur, mais car c’est une réalité. Et pour pouvoir réagir de la bonne manière si jamais il y a un incident, il vaut mieux être préparé(e) et s’être posé(e) les bonnes questions au préalable.
De plus, les risques sont très subjectifs. Chaque personne n’est pas prête à prendre les mêmes risques et les perceptions sont différentes d’une personne à une autre. Les perceptions sont d’ailleurs très biaisées : on peut se sentir en sécurité en marchant sur un trottoir, à 1 m d’un danger mortel (une voiture) et on peut se sentir en danger quand on marche à 1 m du haut d’une falaise vertigineuse.
✅ Parenthèse terminée, pour résumer : je vous conseille de préparer vos randonnées comme si vous n’aviez pas de téléphone portable ou qu’il pouvait tomber en panne à tout moment, d’être le plus autonome possible au niveau des secours et de la sécurité et de prendre votre téléphone comme une sécurité supplémentaire.
Source: https://www.randonner-malin.com/


J’en profite pour vous rappeler que les secours ne sont pas là pour secourir des personnes qui n’ont pas pris de mesures de sécurité suffisantes (même si ils le feront quand même). On n’appelle pas un hélicoptère parce qu’on a mal aux jambes et qu’on est fatigué(e). Dans certains pays, on a la chance d’avoir des secours gratuits, il ne faut donc pas en abuser. Et il faut penser aussi que quand on mobilise les secours, ils ne sont pas forcément disponibles pour une autre urgence.